"En art, et en peinture comme en musique, il ne s'agit pas de reproduire ou d'inventer des formes mais de capter des forces"(G.Deleuze, Francis Bacon,logique de la sensation". Le voir  n'est pas ce qui est fini,achevé, plein, mais au contraire, serait alors toujours inabouti, recréation perpétuelle et l'art fait passer dans l'oeuvre "des formes non décachetées" comme le dit Rilke au sujet de Rodin. Mais ce mouvement de va-et- vient entre visible et invisible est-il  immédiat,spontané ou soumis à conditions ?  Peut-il advenir sans un inachèvement de celui qui voit car si la vision naît à l'occasion de ce qu'est le corps, elle ne peut être que cheminement, mouvement vers ,dévoilement de ce qui n'est pas là, d'un invisible qui le restera à certains.

Je ne vois que ce que je suis ,ma vision n'est que ma subjectivité et c'est de cela que dépend l'avènement d'un savoir ou pas , transformation du voir en regard. Le savoir n'est pas ici à entendre comme une somme de connaissances mais comme une re-connaissance, reconnaissance dans d'autres subjectivités de cette même acceptation du manque, de cet inachèvement impossible à combler, ouvrant alors sur la possibilité d'un monde commun, partagé,  induisant  la discussion puiqu'il n'y a pas de monde réel, fixe ,immuable mais des interprétations toujours renouvelées.

Voir et savoir seraient alors un même mouvement,un même moment de présence, la respiration, le souffle, le voir étant l'inspiration, le savoir l'expiration,désignation d'une ouverture, d'une force centrifuge et non plus centripète.Le problème n'est-il pas alors éthique?

Comment permettre ce" voir," comment apprendre à regarder au-delà de ce qui nous est donné à voir? Ne faudrait-il pas envisager l'importance d'une éducation avec l'art ,tant dans le voir  que dans une pratique, encouragement à la créativité de chaque individu, mise en mouvement de cette force centrifuge?